samedi 8 août 2009

Portrait oblique d'un auteur et de ses usages potentiels



Depuis presque une quinzaine d’années, l’oeuvre de Philippe Mairesse s’organise autour de l’acte de collectionner des photographies. L’artiste n’a pourtant rien d’un collectionneur dans le sens habituel du terme. Il ne fréquente pas de salle de ventes, ni de galeries ou d’ateliers d’artistes pour compléter sa collection. Il n’est pas à la recherche de corpus complets, de séries entières des productions de tel ou tel photographe. Si Philippe Mairesse a pourtant constitué une "collection" hors norme, c’est qu’il conçoit très différemment le fait de collectionner des photos : il les prend là où il les trouve, et construit une oeuvre qui montre comme peu d’autres corpus contemporains une vérité profonde de la photographie et des images contemporaines, à savoir l’image déshéritée – qui à son tour devient un portrait oblique de son auteur et des usagers potentiels. Pour être plus complet, il faut préciser que Philippe Mairesse n’est pas seulement un collectionneur peu commun (il ne cherche pas ce qu’il collectionne, mais le trouve dans un contexte de non-intentionalité). Il est également un artiste de l’image qui – pourtant – ne fabrique jamais d’images. Il ne s’agit là ni d’un concept prédéterminé, ni d’une position théorique. Si Philippe Mairesse se limite à ramasser des images photographiques qu’il trouve par hasard dans la rue, et à collecter celles que d’autres sympathisants trouvent pour lui, c’est que cette pratique est issue d’une expérience personnelle très forte qui continue à s’exprimer à travers ses travaux : si l’on se décide à "sauver" une image abandonnée et souvent en partie détruite malgré la force émotionnelle initiale qui avait été introduite par son auteur anonyme, on réalise qu’une telle image, sauvegardée et mise à l’abri, en dit parfois plus sur la relation contemporaine aux images, au souvenir, à la représentation de l’espace et de l’environnement biologique et social, que n’importe quelle oeuvre pourrait le faire.
Extrait d'un texte de Robert Flek à propos de Grore images

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